Lorsque j’ai posté ma vidéo sur la manière dont j’utilise le Nitrox pour ma pratique de la plongée sous-marine, j’ai reçu quelques commentaires sur le fait que des études avaient infirmé l’idée que l’utilisation d’un gaz enrichi en oxygène diminuait la fatigue, alors qu’en même temps d’autres personnes confirmait le fait que la fatigue était bien diminuée grâce au nitrox pour elleux. Bref aucun consensus sur la question.

Alors j’ai fait ce que toute personne capable d’hyperfocus sur un sujet aussi passionnant aurait fait et j’ai été les lire.
J’ai donc épluché 6 études et 3 retours d’expérience autour du nitrox et de la fatigue :
- Kobayashi, Experimental studies of the effects of enriched air nitrox dive on shortening of decompression time and reduction of risks of decompression sickness, 1993
- Kerem, CO2 retention during hyperbaric exercise while breathing 40/60 nitrox, 1995
- Champan Measurement of fatigue following 18 msw open water dives breathing air or EAN36, 2008
- Harris, Doolette, Wiliams, Wilkinson, Measurement of fatigue following 18 msw dry chamber dives breathing air or enriched air nitrox, 2003
- Lafère , Evaluation of critical flicker fusion frequency and perceived fatigue in divers after air and enriched air nitrox diving, 2010
- Germonpré , Objective vs. Subjective Evaluation of Cognitive Performance During 0.4-MPa Dives Breathing Air or Nitrox, 2017
- Charlton, Diving at Bozburun., 1998
- J. Morgan Wells, NITROX DIVING WITHIN NOAA: HISTORY, APPLICATIONS, AND FUTURE, 1989
- Lang, DAN Nitrox Workshop, 2000
Et de la plusieurs choses sautent aux yeux, sur les 6 études, seulement 2 ont vraiment été faites dans des vrai conditions (5) (3) , les autres sont faites en caisson sec ou humide. La majorité des études ne dépassent pas les 25 participants et surtout… UNE seule a des femmes dans l’étude (5). Une des études va même jusqu’à expliquer ne volontairement pas avoir mis de femmes car les fluctuations hormonales du cycle menstruel pourraient fausser les études (3).
Une des références incluses est un retour d’expérience sur une expédition archéologique, dans lequel des femmes étaient présentes (7) et qui indique que, subjectivement, les plongeur·euses se sentaient moins fatiguées. Mais en effet la perception de la fatigue est une chose subjective et peux différer de la manière empirique de la mesurer. Après tout, dans le workshop de DAN de 2000 on parle bien d’augmenter la vigueur sexuelle (9) grâce au nitrox, il est vrai qu’une diminution de la fatigue donnerait plus d’occasion d’améliorer son tango horizontal mais il ne faudrait quand même pas aller sur de la désinformation médicale. L’effet placebo est parfois un super outil quand utilisé intelligemment, mais il faut savoir ou mettre la limite.
On remarque aussi que toutes les études sont faites avec des personnes décrites comme « en bonne santé », une étude incluse volontairement des fumeurs (2) pour voir si le nitrox a un plus grand impact pour eux, mais c’est a peut près tout. En terme d’âge, la moyenne est autour de la trentaine avec le plus vieux sujet de 51 ans (2), alors qu’on sait que la plongée est une discipline vieillissante et que le nitrox est conseillé aux personnes plus âgées, par la FFESSM.

Alors quand moi, une personne avec des conditions chroniques ou une personne avec un cycle hormonal disons que le intro nous aide à ne pas avoir de fatigue, est ce que ça veux dire que c’est forcement du placebo car une seule étude à un « non » définitif à la question « est ce que le nitrox aide à diminuer la fatigue ? » (3).
Non évidement, et ça n’invalide pas non plus les études qui sont faites. Tout ce que cela montre c’est qu’il faut faire plus d’études sur le sujet. Les études elles même le précisent, certaines montrent la part physiologique des plongeurs étudiés a son importance (2) là ou d’autres indiquent juste une incidence non significative ou à approfondir (4) (5) (6).
Pour aller un peu plus loin dans la réflexion, on voit apparaître des initiatives cliniques explorant l’oxygénothérapie (hyperbare ou atmosphérique) pour des conditions comme l’endométriose ou le syndrome d’Ehlers‑Danlos. Il pourrait donc être légitime de se demander si le nitrox, du fait de sa concentration plus élevée en oxygène, pourrait également aider les plongeur·euses concerné·es par ces pathologies. En effet, une diminution des douleurs chroniques entraine souvent la diminution de la fatigue liée au fait de subir de ces conditions.
A quand une étude sur l’impact du nitrox sur la fatigue en fonction du cycle hormonal ?
Je vous met ci après un tableau récapitulatif des études et articles lus avec les informations pertinentes, mais n’hésitez pas à aller les lires pour vous faire votre propre avis sur la question.
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patron d’un centre de plongée, on plonge au nitrox depuis déjà pas mal de temps. Je ne suis absolument pas scientifique, mais je peux donner mon vécu. On a été 6 mois sans nitrox suite à des émeutes (on est en nouvelle Caledonie). Et au début, mes moniteurs (dont 2 femmes) se sentaient plus fatigués que d’habitude. En fait, cela correspondait à la période où on a arrêté le nitrox. À la reprise, la sensation de fatigue a disparu.
et ça ne peut pas être psy car au début, ils avaient pas fait la relation fatigue/arrêt du nitrox. C’est moi qui leurs ai fait remarquer.